Lire d'abord le compte-rendu de
l'Expe Sept 2006
Vers où va l’affluent?
Vers le gouffre des Partages? Comment la Galerie Terranef
continue-t-elle ? Nous conduira-t-elle par des niveaux fossiles vers
l’AN8, ou bien nous ramènera-t-elle vers la rivière passé le siphon
terminal de la Rivière Haddock ? Et puis toute la zone autour de la
Galerie Rantanplan, nous ne l’avons que vue superficiellement. Il y
reste bien dix départs à explorer et topographier. Pour ne pas
oublier ce foutu clinomètre… la topo de l’amont de la Rivière
Haddock faite en septembre avait démontré qu’il y a une erreur de
plusieurs degrés. Au mois d’août une bonne partie des levés ont été
faits avec ce même clinomètre. Tout cela serait-il à refaire ? Dans
de telles conditions, comment penser à faire les dessins ?
En bref, un tas de
questions et de problèmes. Trop de soucis à se faire encore toute
une année. Donc on devait y retourner !
Nous pouvions nous libérer pour
la semaine de Toussaints. Un risque à prendre, nous n’avons besoin
ni de pluie, ni de neige ! Mais les éléments étaient avec nous.
Toute une semaine de grand beaux temps automnal nous a ouvert grands
les bras, à nous cinq : Annette Van Houtte, Bart Saey et Paul De
Bie (SC Avalon, Belgique), Patrick Géa (MASC, FR) et Eric Boyer (MJC
Rodez, FR).

En route vers le bivouac à -575m (photo
Eric Boyer)
Vers 18 h le lundi
les cinq arrivent au bivouac de la Salle des Marsupilamis à -575m,
un peu crevés après les kilomètres de parcours souterrain chargés de
lourds kits. Tandis que Annette décore le bivouac avec des
guirlandes pour fêter décemment Halloween, Patrick et Eric vont
encore fureter un peu dans la Salle Gargamel.
Le mardi-matin
nous prenons le départ vers 10 h du mat. Nous formons deux équipes
topo. Les multiples diverticules de la Galerie Rantanplan nous
rapportent 350 m de première, et un report topo ressemblant plutôt à
une assiette de nouilles. La Galerie Yoko Tsuno, un grand niveau
inferieur de Rantanplan, est mesurée sur 165 m et nous prenons les
magnifiques excentriques en photo. La topo de la Salle Sidonie est
refaite et cela nous démontre que le clino avait fonctionné
convenablement au mois d’août, ouf !
Vers 20h30 nous sommes de
retour au bivouac avec plus de 700 m de ‘première’ en poche.
Nous n’étions plus très frais,
surtout le retour par les méchants Puits des Daltons est épuisant :
60 m de remontée par des petits puits coupants, des méandres exigus
et des super-étroitures. Merdier à la Belge, quoi ! Ce fut une
soirée conviviale, l’absorption de différentes sortes d’apéritifs
alcoolisés nous a réchauffé les corps meurtris et chassé le froid
qui nous tenaillait dans cet atmosphère hostile, humide et glacée.

Merdier à la Belge (Puits des Daltons,
photo Eric Boyer)
Mercredi nous
nous sommes levés bien à l’heure et nous avons pris le départ vers 9
h. La zone d’explo se situe déjà à deux heures du bivouac et nous
avions des grands projets. Passé Rantanplan et Sidonie, Patrick et
Bart découvrent l’inconnu : l’imposante Galerie Michel Vaillant, la
sympathique Salle Sophie et l’inoubliable arrivée par le balcon de
la Salle Castafiore où on entend gronder la rivière au fond.
Nous avions comme but
l’exploration de l’affluent, baptisée Rivière Tintin. Le
départ en est assez bas (1m50 de haut) mais sur 8 m de large. Cent
mètres plus loin cinq paires d’yeux contemplent avec émerveillement
une galerie de 15 m de large par 5 de haut qui semble se prolonger
vers l’infini. Des magnifiques concrétions, une rivière murmurante
avec de nombreuse cascatelles, des lits de schiste, des plages de
galets et un très gros courant d’air plein la figure : tout les
ingrédients pour une première fantastique. A deux reprises nous
avons dû nous baisser. Un affluent (Rivière Tournesol) est suivi
sur 30 m (3x5 m), et il continue encore! Nous jouissions tous, ce
n’est pas une exploration commune. Mais à tout conte de fée vient
une fin, bien que cette fois ce n’est pas une fin définitive mais
une voûte mouillante très basse.
20 cm d’air et un bassin
profond de 1m30 ne tente vraiment personne malgré le bon courant
d’air soufflant. Ce sera pour une prochaine fois, mais vêtu d’une
ponto ou néoprène. Au bout de quelques heures les deux équipes topo
avaient terminé le levé de la Rivière Tintin : 721 m d’un coup !
Le même soir nous remesurons
une grande partie de la Rivière Haddock amont, qui avait été faite
en septembre avec le clino défaillant et nous trouvons et
topographions une nouvelle jonction entre le début de la Galerie
Vaillant et la Rivière Haddock. Un sacré raccourci par un puits de
12 m.
La partie la plus en aval du
réseau (Galerie Terranef) n’a plus été vue : la jonction avec AN8
devra encore attendre au moins un an !
Retour au bivouac vers 21 h,
cassés mais euphoriques. Nous fêtons dignement la découverte avec du
vin chaud, du Raki turque, du Ratafia aveyronnais, du whisky
écossais et du Jägermeister allemand. Ce cocktail rend les
lyophilisés bien plus comestibles.

Ambiance halloween dans le bivouac (photo
Paul De Bie)
Jeudi : retour
vers la civilisation, nous retrouvons la surface baignée par les
derniers rayons de soleil. Comme toujours ce moment est magique
après 4 jours de froid et d’obscurité. La descente vers la station
de ski se fait la nuit tombée mais sur un lapiaz éclairé par la
pleine lune. Nous savourons ces derniers moments malgré les lourds
sacs-à-dos, la fatigue et les courbatures.
Le soir-même les mesures de la
Rivière Tintin son entrées sur ordinateur et nous restons bouche bée
devant le résultat. La rivière ne se dirige pas du tout vers les
Partages, mais droit vers l’Est. Notre point terminal se situe à
peine à quelques dizaines de mètres de… notre propre rivière d’Anialarra,
avant la trémie bien entendu ! C’est incroyable. La Rivière Tintin
ne serait-elle donc rien de plus qu’une diffluence de la rivière d’Anialarra ?
Pourrions-nous faire la jonction entre les deux ? Dans ce cas, nous
ouvririons une autoroute qui nous permettrait d’atteindre la zone
d’explo en 40 minutes au lieu de 3 heures. Nous ne devrions plus
passer au péril de notre vie par la trémie et nous ne devrions plus
nous farcir le crapahut dans les niveaux fossiles. Rêvons…

Bart dans la Galerie Yoko Tsuno (photo Paul
De Bie)
Conclusion :
On est contents. L’équipe
franco-belge à marché comme sur des roulettes, l’ambiance était
excellente. L’humour montpelliérain et anversois semblent finalement
très proches.
Cette expé se solde par 1,1 km
de plus pour le système d’Anialarra qui passe le cap des 20 km
maintenant ; 20,3 km de développement pour une profondeur de
-731 m. Début août 2006 le compteur était à 16,8 km et -648
m !
Le réseau "Post-trémie",
découvert en aout 2005 après avoir forcé la trémie terminale à
-648m, a passé les 5000 m en développement. Et ça continue...
Ca devient monotone mais nous
pouvons déjà dire que les perspectives pour l’expé 2007 sont
excellentes…
Topo
En jaune (fossiles) et bleu
(rivières) les découvertes de 2006

Paul De Bie