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Résultats du 10ème Expédition Interclubs Anialarra - Septembre 2006
La rivière Capitaine Haddock


Lire d'abord le compte-rendu de l'expé Aout 2006

Ce qui a précédé : en 2005 la trémie à -648 m est enfin passée. Une prolongation complexe dans des grandes salles et des galeries fossiles est topographiée sur 1 km 500 (Salle Gargamel, Galerie des Schtroumpfs, Lagaffe, Azraël, Spirou, les Puits des Daltons, etc.), malheureusement sans retrouver la rivière perdue à -648 m. Au mois d’août 2006 suit une nouvelle percée. Le Puits Lucky Luke est découvert après désobstruction au fond des Puits des Daltons et ouvre l’accès à un nouvel étage de galeries fossiles situé plus bas, 1 km de galeries sont explorées. L'axe principal est la Galerie Rantanplan qui suit un trajet pratiquement rectiligne pendant quelques centaines de mètres pour aboutir dans une grande salle, la Salle Sidonie. À partir de là encore 100 m sont suivis au pas de course dans un très haut canyon (Galerie Michel Vaillant) avec arrêt dans une proche salle sableuse : Salle Sophie. Dans cette salle on pouvait entendre la rivière par un étroit passage ! On était arrivé à -707 m, le niveau du schiste ne pouvait être bien loin !

C’est donc une équipe super motivée de 4 membres du SC Avalon (Mark Michiels, Rudi Bollaert, Annette Van Houtte et Paul De Bie) et d’un Français (Eric Boyer, MJC Rodez) qui s’engage lourdement chargée le dimanche matin 10 septembre 2006 dans les puits de l’AN51 pour une explo de 4 à 5 jours. Les prévisions météorologiques sont très mauvaises.

Vers 17 h nous atteignons le bivouac de luxe dans la Salle des Marsupilamis. Pour combler la soirée nous rééquipons la Salle Fritz Kunzel, et explorons et photographions dans la Salle Gargamel.

Lundi 11  septembre 2006

Le grand jour. Allons-nous enfin prendre un bain de pieds dans la rivière ? Tout est possible… même une jonction avec AN8, où la rivière réapparait 2 km plus loin. Nous passons une heure à équiper convenablement le balcon situé à 15 m de hauteur pour descendre dans la Salle Sidonie en toute sécurité. Plusieurs gros blocs peuplant le balcon instable sont balancés sans hésitation dans le vide.  Avant de commencer les investigations pour retrouver la rivière, nous nous faisons plaisir et visitons une grosse galerie annexe de la Salle Sidonie qui s’arrête après une centaine de mètres dans une salle avec des excentriques époustouflantes (Galerie Yoko Tsuno). 

Salle Sidonie (remarquez l'arrivée de la Galerie Rantanplan en hauteur)

Salle Sidonie (remarquez l'arrivée de la Galerie Rantanplan en hauteur)

Après nous filons direction Salle Sophie. Le trio Eric/Paul/Annette s’attaque à la désob du passage exigu d’où vient le grondement de la rivière convoitée. Le boulot est plus difficile que prévu. Entretemps Mark et Rudi se lancent dans l’escalade du canyon, la Galerie Michel Vaillant.

Vers 19 h le moral des troupes est au plus bas. La désob laisse voir une ouverture horizontale qui fait à peine 5 cm de haut sur plusieurs mètres ! Le bruit de la rivière est décuplé mais il apparaît clairement qu’une grosse désob de plusieurs jours sera nécessaire pour arriver à nos fins. C’est frustrant !  Les grimpeurs sont arrivés 25 m plus haut dans le canyon immense. La voûte se trouve encore au moins 25 m plus haut et ils hésitent sur la suite, le canyon continue-t-il par une grande cheminée ou est-ce que ça continue derrière le coin ? Sans la perceuse confisquée par l’équipe désob, ils ne peuvent en aucun cas continuer.

Les perspectives sont mauvaises, il se fait tard. Il reste une possibilité dans la Salle Sophie, au-dessus d’une escalade de 5 m. Eric y était allé jeter un coup d’œil au matin mais ne percevant pas de courant d’air il n’avait pas continué. On décide de revoir ça. Une demi-heure plus tard nous poussons des hurlements de joie, nous sommes dans la suite du canyon : une galerie de 40 m de haut et du loin nous parvient le bruit d’une grosse rivière.  Un peu plus loin nous nous trouvons sur un balcon dominant une grande salle. En bas gronde la rivière si longtemps recherchée. Nous avons hurlé, chanté, poussé des cris de joie. La Salle Castafiore était à nos pieds ! Nous n’avions plus de corde pour descendre les 20 m nous séparant de la salle, mais nous savions ce qui allait peupler nos rêves la nuit prochaine. Arrivée au bivouac vers 23 h 30 où nous fêtons la découverte avec un verre de vin chaud. Vers minuit nous retrouvons la chaleur de nos duvets.

Mardi 12 septembre.

Pendant qu’Annette et moi faisons le levé topo de la Salle Sophie jusqu’au balcon, Rudi, Mark et Eric l’équipent avec art. Rudi descend en premier, les flash fusent et les caméras filment, l’ambiance est incroyable, le moment inoubliable. Un rêve vieux de 10 ans se réalise.

Rudi descend le balcon de la Salle Castafiore

voir ici pour un petit clip vidéo: Videozone Avalon

Elle coule en bas, la Rivière du Capitaine Haddock ! Une masse d’eau écumante disparait sous les immenses blocs de la Salle Castafiore. Le débit est bien plus grand qu'avant la trémie de -648 m.

L'équipe au bord de l'eau: Mark, Rudi, Annette, Paul, Eric

L’équipe se divise en deux : Rudi et Mark vont faire l’explo de l’amont en faisant le levé topo. Eric, Annette et moi partons vers l’aval. La topo nous mène entre des blocs grands comme des maisons dans une galerie haute de 50 m. Dans le bas nous retrouvons la rivière qui cascade majestueusement dans une galerie assez basse (10 à 15 m de large sur 2 à 4 m de haut). Après à peine 150 m nous regardons stupéfaits un siphon qui met une fin abrupte à nos rêves. Nous retrouvons une partie du courant d’air dans une petite trémie à côté du siphon, mais après une heure de désob il est clair que ce n’est pas par ici que nous allons trouver rapidement la suite.

En retournant sur nos pas nous cherchons sans succès une autre possibilité. Où a donc disparu le courant d’air ? Et surtout, où a disparu l’énorme canyon ?  Il ne nous reste plus qu’un atout : un palier au pied de la Salle Castafiore. Après une étroite fissure et une salle sableuse, ça monte raide. Un éboulis presque vertical haut d’une dizaine de mètres nous retient juste un quart d’heure. Deux énormes coulées stalagmitiques nous font encore remonter plus haut. Après une heure nous avons avancé de 300 m, nous avons donc dépassé le siphon, dans une grande galerie fossile et concrétionnée parcourue par un violent courant d’air : la Galerie Terranef. Nous nous arrêtons devant une bifurcation engageante, la suite sera pour 2007. Selon l’altimètre nous sommes remontés 55 m au-dessus de la rivière.  

Annette et Eric dans la Galerie Terranef

Pendant ce temps Mark et Rudi ont levé 350 m de topo de rivière fantastique dans l’amont, mais ont été malheureusement aussi arrêté par un siphon. MAIS !!! Ils ont trouvé quelque-chose de très intéressant : un grand affluent arrive en rive droite avec un débit égalant au moins ¼ de la rivière principale. Et de plus avec beaucoup de courant d’air ! Serait-ce la diffluence du Gouffre des Partages dont on sait qu’elle rejoint le collecteur d’Anialarra dans la partie inconnue ? 

Entretemps le niveau de la rivière a beaucoup monté. Eric et Paul se risquent tout de même à une explo rapide des 100 premiers mètres dans l’affluent. Les dimensions sont respectables (10 m de large) et le courant d’air est prometteur. Ici aussi nous arrêtons l’explo de plein gré ; nous n’avons pas le temps de topographier le tout. Nous retrouvons notre bivouac vers 23 h 30 et liquidons le reste du vin chaud, du whisky, pastis et Jägermeister. Nous faisons l’addition des relevés topo : les deux équipes totalisent presque 800 m et au moins 400 m de galeries n’ont pas encore été mesurés. 1 200 m de première en un seul jour : pas mal ! 

La rivière Capitaine Haddock, aval

Nous décidons, surtout à cause du niveau inquiétant de l’eau, de retourner le lendemain vers la surface, comme prévu. Sage décision semblera-t-il. Le retour le mercredi est des plus spectaculaires. À partir du Pozo Estella nous progressons dans une rivière en furie et méconnaissable. À certains endroits nous passons encore de justesse et nous nous retrouvons tous sains et saufs à la surface.

La nuit suivante il pleut des cordes et ça continue encore trois jours de suite. Nous nous rendons bien compte que si nous avions laissé notre soif d’explo prendre le dessus sur la sagesse nous serions restés bloqués plusieurs jours…

 

Conclusion :

La dixième année d’explo sur Anialarra a été un coup dans le mille. La rivière a été retrouvée et explorée sur près de 500 m. Le « chaînon manquant » entre Anialarra et AN8 est déjà exploré pour la moitié (1 km à vol d’oiseau). Environ 1887 m de nouvelles galeries ont été topographiés et au moins 550 m explorés mais non mesurés. Le développement total du Système d’Anialarra monte donc de 16,8 km à 19,2 km, dont 9,8 km découverts par les Interclubs Anialarra et 9,4 km datant d’avant 1998. La profondeur est passée de -648 m (trémie) à au moins -727 m (Siphon Haddock aval). La profondeur est peut-être sous-estimée (de l'ordre de 10 m) car nous avons constaté en rentrant chez nous que l'un des clinomètres était défectueux et donnait parfois des mesures erronées. Du travail donc en 2007 ! Finalement une nouvelle possibilité s’est ouverte : l’affluent qui est peut-être en relation avec le Gouffre des Partages, une cavité de 24,2 km de développement et de -1097 m de profondeur.

Suite du feuilleton en 2007 !

 

Annette remonte le Balcon Castafiore (remarquez le débouché de la Galerie Michel Vaillant)

Topo

  

En bleu, les découvertes 2006. En bleu marine, la rivière Cap. Haddock

(merci à Annette pour la traduction de ce texte) 

lire le compte-rendu de l'expé Novembre 2006

 
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